Le principe et l'histoire des 'almadraba'

Les madragues en Français. La pêche du thon rouge à l'aide d'un ensemble de filets assujettis au sol par des câbles et des ancres. L'idée est de former une sorte de labyrinthe sur le principe de l'entonnoir emmenant les thons jusqu'à la chambre où l'on pourra les récupérer. Cet ensemble de filets est installé chaque année sur le passage de la migration des thons.

Une forme de pêche traditionnelle, on dit même ancestrale puisque déjà pratiquée avant la période Roumaine. Elle aurait été perfectionnée par les Phéniciens, ce n'est pas une exclusivité de Conil ou de la côte Andalouse mais une pratique tout autour de la Méditerranée. Cette technique de pêche est devenue moins importante au fur et à mesure du développement de la pêche industrielle et de la concurrence des thoniers équipés de sonars voire guidés par des avions, pourtant de part son côté artisanal elle est probablement un modèle écologiquement durable.

Cette forme de pêche existe encore aujourd'hui le sud de l'Espagne, la Tunisie ... Selon les pays elle porte des noms différents mais se base sur le même principe. Ici, dans le sud de l'Espagne on parle d'almadraba, un nom aux origines Arabe (Arabe Andalou : Lieu où l'on lutte où l'on se bat). Les gens qui ont étudiés ce domaine expliquent qu'ils repèrent d'anciennes 'almadrabas', aujourd'hui délaissées, par la présence de nombreux ancres abandonnées sur une plage. Ces ancres qui servaient à maintenir le filet en place n'ont plus d'utilité.

L'almadraba sur la côte de la lumière

C'est une pêche saisonnière qui a lieu chaque année au printemps. Le travail de préparation commence en février et représente un nombre d'emplois non négligeable puisque c'est une activité nécessitant beaucoup de bras. En février le port s'anime de pêcheurs préparant les câbles, les bouées ... 

Les thons rouges venant du nord, où ils se nourrissent en hiver, viennent se reproduire dans les eaux plus chaudes et plus salées de la Méditerranée.  Ils arrivent entre avril et mai et repartent vers le mois d'octobre. Les almadrabas peuvent être placées sur le parcours aller (on parle de pêche de 'derecho' ou de 'paso' = Derecho, droite peut-être parce que le thon vient de droite en regardant la mer, de l'Atlantique le thon va vers la Méditerranée) ou sur le parcours de retour (almadraba de 'reves' ou 'retorno'). Sur notre côte à l'exception de Barbate qui pose parfois une almadraba de retour, les almadrabas sont de derecho. Le thon ne se nourrissant pas en Méditerranée, occupé par sa reproduction, il est 30% plus gras à l'aller.

La journée ou les pêcheurs récupèrent les thons est celle de la matanza, la tuerie. Les bateaux utilisés restent des unités traditionnelles, elles sont aujourd'hui remorqués et plus propulsés à rame. Ils sont reconnaissables par leurs mats nombreux et courts et peuvent embarquer beaucoup de monde. Une des particularités de la pêche est que les thons sont vivants lors de la levée des filets ce qui permet aux pêcheurs de sélectionner leurs prises sans tuer les autres. On parle ici de poisson de souvent plus de 200 kg !

Il y a quatre almadrabas sur la côte de la lumière, on parle des almadrabas gaditanas (de la province de Cadix) : Conil, Barbate, Zahara et Tarifa. Il existait une almadraba à Bolonia mais celle ci a due fermée il y a quelques années, au moment où les stocks de thons diminuaient l'activité s'est avérée non rentable.

L'almadraba est une des technique employée sur la côte de la lumiére Andalouse pour pêcher le thon rouge, mais si on en parle beaucoup pour son côté hautement artisanal et traditionnel c'est loin d'être la seule.

L'almadraba de Conil de la frontera

A Conil les filets sont étonnamment près de la plage et installés en forme d'un immense entonnoir de 8 km de long et soutenu par les ancres accrochés à l'aide de gros câbles. On peut voir, juste avant l'entrée du port de Conil en venant du nord, le long de la riviére, tous ces ancres lorsqu'ils ne sont pas dans l'eau. L'almadraba de Conil emploie environ 80 personnes chaque année, une activités importante dans une région pauvre en emplois. A l'époque de Guzman le bon, les filets étaient directement accrochés à la plage et tirés à la main.

Traditionnellement le 1er thon est pour la vierge de Carmen, patronne des pêcheurs et donc pour le village car en général racheté par des restaurateurs locaux. Il est servi sous toutes les formes pour le grand plaisir des habitants et des visiteurs. Mais pour le reste direction le Japon où le thon rouge Andalou est considéré comme le meilleur du monde et se vend à un prix très élevé. Grace à une technique de découpage en tranches fines puis de congélation extrème la qualité est préservée pour les sushis.

L'almadraba a joué un rôle primordial tout au long de l'histoire du village de Conil et plus généralement de la côte de la lumière. C'était la ressource principale et la richesse de la famille Guzman qui c'était vu attribué les droits de pêche pour son dévouement pendant la guerre contre les Maures et notamment sa défense de Tarifa.

En 2015 se sont renégocié à Malte les quotas pour les almadrabas gaditanas. Celles ci ont obtenues une augmentation de 120 tonnes par rapport à l'année passée, ce qui représente 900 tonnes à se répartir. La presse locale et les responsables ont exprimés leur déception, ce chiffre paraissant insuffisant compte tenu de la récupération de l'espèce.

Pour 2016, les quotas de l'Espagne (Conil est loin d'être le seul endroit où se pêche le thon rouge en Espagne) ont augmentés de presque 20% du à la régénération du stock de poissons ces dernières années. Cela représente plus de 3500 tonnes à se répartir entre plus de 300 bateaux et quelques almadrabas.